celle non pas d'un _Cheval enchanté, mais
d'un simple Cab_, lequel recueille des invités de bonne volonté pour les
conduire à une fête étrange dont la fin est le triomphe du droit et le
châtiment du crime, grâce à la vaillante épée du prince Florizel.
L'héritier d'un trône daigne se mesurer avec le pire des scélérats. Nous
le retrouverons plus tard, mêlé à d'autres aventures non moins
intéressantes, celles d'un diamant, et, comme tous les princes qu'a mis
en scène M. Stevenson, il finit en philosophe, renversé par une
révolution. C'est derrière le comptoir d'un débit de tabac qu'il apparaît
une dernière fois: ce redresseur de torts vend majestueusement des
cigares!
On voit que la fantaisie humoristique n'est pas absente des récits de M.
Stevenson; les contrastes si marqués que permet, qu'exige même cette
qualité, très développée chez lui, produisent bien quelques fautes de
goût, mais une certaine façon qu'il a de se moquer de ses héros et de
lui-même relève ici néanmoins le sensational novel, qui a retrouvé
depuis peu, en Angleterre, un succès d'assez mauvais aloi. Du rang où
l'avait placé naguère Wilkie Collins, ce roman, nourri d'émotions
violentes, était tombé au niveau des élucubrations de feu Ponson du
Terrail. M. Stevenson eut le mérite de le rendre agréable aux délicats.
Nous n'avons, du reste, nulle envie de défendre plus qu'il ne convient la
suite des Nouvelles Mille et une Nuits, inspirée par la Dynamite et
composée en collaboration avec Mme Stevenson. La confusion de la
tragédie et de la farce y est poussée trop loin. On croit être devant un
couple de jongleurs émérites, d'équilibristes habiles, dont les périlleux
exercices deviendraient fatigants pour le public, amusé d'abord, s'ils se
prolongeaient beaucoup; mais les aventures des trois jeunes gens
inutiles qui attendent leur fortune du hasard, sur le pavé de Londres,
sont presque aussi courtes que celles des trois calenders, fils de rois, et
la gracieuse conspiratrice qui les conduit l'un après l'autre à deux doigts
de leur perte ne prend pas en vain cinq noms différents, car Clara
Luxmore, dite Lake, dite Fonblanque, dite Valdivia, dite de Marly, a
autant d'imagination à elle seule que pouvaient en avoir réunies les cinq
dames de Bagdad. Son histoire de _la Belle Cubaine et de l'Ange
exterminateur_ chez les Mormons sont des contes bleus modernes de la
plus piquante invraisemblance: ils dissimulent cependant des complots
anarchiques effroyables, mais tous si maladroits qu'ils prêtent à rire. M.
et Mme Stevenson traitent la dynamite du haut en bas, refusant de la
prendre au sérieux et faisant rater toutes ses bombes, sauf deux ou trois
qui éclatent au détriment de ceux qui les fabriquent. Zéro, l'agitateur
irlandais, et son complice Mac-Guire, périssent assommés sous le
ridicule. Si Clara, l'affidée de ces deux fantoccini grotesques, obtient sa
grâce et, à la fin, un bon mari, c'est qu'elle est jolie à ravir, pleine
d'inventions drôles, de tours uniques, et surtout parce qu'au milieu de
ses criminelles erreurs, elle n'a jamais été sentimentale. L'assassin
sentimental et phraseur, si commun de nos jours, est conspué par M.
Stevenson; celui-ci repousse avec énergie l'intérêt malsain qui s'attache
au crime politique, il vénère les agents de police et leur dédie son livre,
il fait grand cas de l'autorité; par la bouche de son personnage favori, le
prince Florizel, resté fidèle au rôle de bon génie derrière un comptoir de
marchand de tabac, il déclare que l'homme est un diable faiblement lié
par quelques croyances, quelques obligations indispensables, et
qu'aucun mot sonore, qu'aucun raisonnement spécieux ne le déciderait à
relâcher ces liens. On voit que, pour un romancier dans le mouvement,
M. Stevenson a des principes vieux style.
Dans Prince Otto, où les questions philosophiques et politiques
s'entremêlent à beaucoup de paradoxes, l'auteur de New Arabian Nights
nous prouve qu'il a lu Candide et qu'il se souvient aussi d'Offenbach.
Vous chercheriez en vain sur une carte la principauté de Grünewald,
bien que sa situation soit indiquée entre le grand-duché aujourd'hui
éteint de Gerolstein et la Bohême maritime. En revanche, le nom du
premier ministre, Gondremark, vous rappelle un acteur de la Vie
parisienne. Dans ce badinage sérieux, un peu trop délayé, on voit le
prince Othon, un gentil prince en porcelaine de Saxe, mériter le mépris
de ses peuples par sa conduite indigne d'un souverain, la conduite
pourtant d'un galant homme très chevaleresque, mais trop épris de la
chasse, des petits vers français et d'une jeune épouse ambitieuse, qui,
finalement, prête les mains à son incarcération dans une forteresse,
pour être plus libre de jouer le rôle de Catherine II ou de Sémiramis.
Vous y verrez aussi comment les témoignages d'héroïsme de la jolie
Séraphine se bornent à un coup de couteau donné au premier ministre,
qui, jaloux de gouverner en son nom, voudrait être un favori dans toute
la force du

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