d'estropier un nom, en un mot, d'induire en erreur qui que ce f?t, même un enfant sachant à peine ses lettres. L'Histoire est une religion qui a ses fanatiques, et je m'honore d'être un de ceux-là.
Voilà comment ma convalescence a produit un volume de contes, qui sera peut-être suivi de plusieurs autres. Je n'ose pas attendre de tous mes lecteurs l'indulgence filiale et amicale à laquelle mes jeunes auditeurs de la Chaumelle m'avaient accoutumé; mais je souhaite qu'ils m'encouragent à recueillir t?t ou tard la suite de ces nouvelles, que j'ai composées en pensant à eux. C'est aux enfants que je parle.
Mes chers petits enfants, le vieux bibliophile Jacob ne cessera de conter qu'en vous quittant pour toujours.
P. L. JACOB.
Bibliophile.
UNE
BONNE ACTION DE RABELAIS
(1553)
Il y avait, en 1552, un pauvre homme, d'origine juive, qui s'était établi dans une misérable hutte, en plein bois, aux environs du village de Meudon. On ne savait pas d'où il venait et personne ne s'en inquiétait, car, depuis son arrivée dans le pays, il n'avait eu de rapport avec personne. Il ne sortait que la nuit et ne se montrait jamais pendant le jour; la porte de sa cabane restait fermée à tout venant: on en voyait sortir quelquefois ses deux enfants, une petite fille de douze ans et un petit gar?on de neuf ans à peine, qui étaient seuls chargés de pourvoir aux besoins de la triste famille. Quant à la mère de ces enfants, on ne l'avait point encore aper?ue; on la disait fort malade, et l'on se demandait parfois si elle n'était pas morte, sans que son mari e?t averti le curé, pour lui administrer les derniers sacrements et la faire enterrer.
--C'est un vilain juif! disaient entre elles dix ou douze paysannes, qui passaient pour aller au marché de Meudon, en se montrant de loin à travers bois le toit de mousse de la maisonnette mystérieuse. On ne l'a pas encore vu entrer dans l'église, voire même s'agenouiller sous le porche, comme les excommuniés qui font pénitence et qui attendent là une absolution plénière.
--C'est plut?t quelque bohémien qui se sera séparé de sa bande, dit la plus vieille de ces paysannes. Les bohémiens ne croient ni à Dieu ni à diable; ils n'ont ni église ni curé; ils naissent sans baptême et meurent comme des chiens, après avoir couru le monde en vivant de vols et de pilleries, car le meilleur métier, selon eux, est de tromper les pauvres gens et de s'enrichir aux dépens des chrétiens.
--Oh! m'est avis que celui-ci ne s'est point enrichi et ne s'enrichira jamais! dit en riant une commère, qui désignait du doigt la fille du prétendu bohémien, vêtue de haillons sordides, courant pieds nus sur le bord de la route et disparaissant tout à coup dans les taillis. Avez-vous vu la petite mendiante, qui s'enfuit à notre approche, comme une biche en chasse?
--Nenni dea! reprit une autre: elle ne mendie mie que je sache! Bien au contraire; elle est fière et orgueilleuse autant et plus qu'une princesse, et quand elle porte son pain à cuire au four banal, elle ne parle à quiconque et s'en va seule courant, et ne demandant rien à ceux ou à celles qui lui donneraient de bon coeur l'aum?ne pour l'amour de Jésus-Christ et de sa bienheureuse mère Notre-Dame.
--Si elle ne mendie et si le père ne vole, répliquèrent quelques bonnes langues, on ne comprend pas comment ils peuvent vivre de l'air du temps; aussi bien, la farine co?te cher cette année, et il faut du vrai argent pour en acheter chez le boulanger.
--Ce n'est pas l'argent qui leur manque, ce dit-on, s'écria une de ces femmes avec la satisfaction de para?tre en savoir plus que les autres. La fillette a la renommée d'être habile à faire de la dentelle, et le gar?onnet, qui a la malice d'un singe, fait la chasse aux vipères, qu'il s'en va vendre à Paris aux apothicaires pour faire des drogues.
--Il y a plus, ajouta une autre en baissant la voix, ce coquin de bohémien s'est emparé d'un champ en friche qui appartenait à défunt Jean le Court et qui est tombé en déshérence depuis sa mort. Le champ n'est pas de trop riche terre, de telle sorte qu'il y poussait plus d'ivraie que de froment, mais ce diable d'homme le cultive, au clair de la lune, et y sème des plantes vénéneuses, que lui achètent les sorciers pour en faire des philtres et des poisons. écoutez bien cela et n'en soufflez mot, mes commères. C'est ce que m'a conté le gros chantre de l'église de Meudon....
--Silence! interrompit celle qui marchait en avant. Voici venir messire le recteur, notre bon et digne curé, qui se rend au chateau pour visiter notre révéré seigneur le duc de Guise et madame la duchesse.
Le recteur et curé du village de

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