tout de suite on entra dans la salle �� manger. Illumin��e, elle semblait plus lugubre encore en son d��labrement piteux; et la table couverte de viandes, de vaisselle riche et d'argenterie retrouv��e dans le mur o�� l'avait cach��e le propri��taire, donnait �� ce lieu l'aspect d'une taverne de bandits qui soupent apr��s un pillage. Le capitaine, radieux, s'empara des femmes comme d'une chose famili��re, les appr��ciant, les embrassant, les flairant, les ��valuant �� leur valeur de filles �� plaisir; et comme les trois jeunes gens voulaient en prendre chacun une, il s'y opposa avec autorit��, se r��servant de faire le partage, en toute justice, suivant les grades, pour ne blesser en rien la hi��rarchie.
Alors, afin d'��viter toute discussion, toute contestation et tout soup?on de partialit��, il les aligna par rang de taille, et s'adressant �� la plus grande, avec le ton du commandement: ?Ton nom??
Elle r��pondit en grossissant sa voix: ?Pam��la.?
Alors il proclama: ?Num��ro un, la nomm��e Pamela, adjug��e au commandant.?
Ayant ensuite embrass�� Blondine, la seconde, en signe de propri��t��, il offrit au lieutenant Otto la grosse Amanda, ��va la Tomate au sous-lieutenant Fritz, et la plus petite de toutes, Rachel, une brune toute jeune, �� l'oeil noir comme une tache d'encre, une juive dont le nez retrouss�� confirmait la r��gle qui donne des becs courbes �� toute sa race, au plus jeune des officiers, au fr��le marquis Wilhem d'Eyrik.
Toutes, d'ailleurs, ��taient jolies et grasses, sans physionomies bien distinctes, faites �� peu pr��s pareilles de tournure et de peau par les pratiques d'amour quotidiennes et la vie commune des maisons publiques.
Les trois jeunes gens pr��tendaient tout de suite entra?ner leurs femmes, sous pr��texte de leur offrir des brosses et du savon pour se nettoyer; mais le capitaine s'y opposa sagement, affirmant qu'elles ��taient assez propres pour se mettre �� table et que ceux qui monteraient voudraient changer en descendant et troubleraient les autres couples. Son exp��rience l'emporta. Il y eut seulement beaucoup de baisers, des baisers d'attente.
Soudain, Rachel suffoqua, toussant aux larmes, et rendant de la fum��e par les narines. Le marquis, sous pr��texte de l'embrasser, venait de lui souffler un jet de tabac dans la bouche. Elle ne se facha point, ne dit pas un mot, mais elle regarda fixement son possesseur avec une col��re ��veill��e tout au fond de son oeil noir.
On s'assit. Le commandant lui-m��me semblait enchant��; il prit �� sa droite Pam��la, Blondine �� sa gauche, et d��clara, en d��pliant sa serviette: ?Vous avez eu l�� une charmante id��e, capitaine.?
Les lieutenants Otto et Fritz, polis comme aupr��s de femmes du monde, intimidaient un peu leurs voisines; mais le baron de Kelweingstein, lach�� dans son vice, rayonnait, lan?ait des mots grivois, semblait en feu avec sa couronne de cheveux rouges. Il galantisait en fran?ais du Rhin; et ses compliments de taverne, expector��s par le trou des deux dents bris��es, arrivaient aux filles au milieu d'une mitraille de salive.
Elles ne comprenaient rien, du reste; et leur intelligence ne sembla s'��veiller que lorsqu'il cracha des paroles obsc��nes, des expressions crues, estropi��es par son accent. Alors, toutes ensemble, elles commenc��rent �� rire comme des folles, tombant sur le ventre de leurs voisins, r��p��tant les termes que le baron se mit alors �� d��figurer �� plaisir pour leur faire dire des ordures. Elles en vomissaient �� volont��, saoules aux premi��res bouteilles de vin; et, redevenant elles, ouvrant la porte aux habitudes, elles embrassaient les moustaches de droite et celles de gauche, pin?aient les bras, poussaient des cris furieux, buvaient dans tous les verres, chantaient des couplets fran?ais et des bouts de chansons allemandes appris dans leurs rapports quotidiens avec l'ennemi.
Bient?t les hommes eux-m��mes, gris��s par cette chair de femme ��tal��e sous leur nez et sous leurs mains, s'affol��rent, hurlant, brisant la vaisselle, tandis que, derri��re leur dos, des soldats impassibles les servaient.
Le commandant seul gardait de la retenue.
Mlle Fifi avait pris Rachel sur ses genoux, et, s'animant �� froid, tant?t il embrassait follement les frisons d'��b��ne de son cou, humant par le mince intervalle entre la robe et la peau la douce chaleur de son corps et tout le fumet de sa personne; tant?t �� travers l'��toffe, il la pin?ait avec fureur, la faisant crier, saisi d'une f��rocit�� rageuse, travaill�� par son besoin de ravage. Souvent aussi, la tenant �� pleins bras, l'��treignant comme pour la m��ler �� lui, il appuyait longuement ses l��vres sur la bouche fra?che de la juive, la baisait �� perdre haleine; mais soudain il la mordit si profond��ment qu'une tra?n��e de sang descendit sur le menton de la jeune femme et coula dans son corsage.
Encore une fois, elle le regarda bien en face, et, lavant la plaie, murmura: ??a se paye, cela.? Il se mit �� rire, d'un rire dur. ?Je payerai?, dit-il.
On arrivait au dessert; on versait du champagne. Le commandant se leva, et du

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