politesse ne doit pas aller jusqu'au rhume.
-- Voulez-vous que nous nous mettions à l'abri, monsieur Starr ?
demanda Harry Ford.
-- Non, Harry. Le temps est pris. Il pleuvra toute la journée, et je suis
pressé. Partons.
-- A vos ordres, répondit le jeune homme.
-- Dis-moi, Harry, le père se porte bien ?
-- Très bien, monsieur Starr.
-- Et la mère ?...
-- La mère aussi.
-- C'est ton père qui m'a écrit, pour me donner rendez-vous au puits de
Yarow ?
-- Non, c'est moi.
-- Mais Simon Ford m'a-t-il donc adressé une seconde lettre pour
contremander ce rendez-vous ? demanda vivement l'ingénieur.
-- Non, monsieur Starr, répondit le jeune mineur.
-- Bien ! » répondit James Starr, sans parler davantage de la lettre
anonyme.
Puis, reprenant :
« Et peux-tu m'apprendre ce que me veut le vieux Simon ? demanda-t-il
au jeune homme.
-- Monsieur Starr, mon père s'est réservé le soin de vous le dire
lui-même.
-- Mais tu le sais ?...
-- Je le sais.
-- Eh bien, Harry, je ne t'en demande pas plus. En route donc, car j'ai
hâte de causer avec Simon Ford. -- A propos, où demeure-t-il ?
-- Dans la mine.
-- Quoi ! Dans la fosse Dochart ?
-- Oui, monsieur Starr, répondit Harry Ford.
-- Comment ! ta famille n'a pas quitté la vieille mine depuis la cessation
des travaux ?
-- Pas un jour, monsieur Starr. vous connaissez le père. C'est là qu'il est
né, c'est là qu'il veut mourir !
-- Je comprends cela, Harry... Je comprends cela ! Sa houillère natale !
Il n'a pas voulu l'abandonner ! Et vous vous plaisez là ?...
-- Oui, monsieur Starr, répondit le jeune mineur, car nous nous aimons
cordialement, et nous n'avons que peu de besoins !
-- Bien, Harry, dit l'ingénieur. En route ! »
Et James Starr, suivant le jeune homme, se dirigea à travers les rues de
Callander.
Dix minutes après, tous deux avaient quitté la ville.
[1] Il faut, d'ailleurs, remarquer que toutes ces plantes, dont les
enpreintes ont été retrouvées, appartiennent aux espèces aujourd'hui
réservées aux zones équatoriales du globe. On peut donc conclure que,
à cette époque, la chaleur était égale sur toute la terre, soit qu'elle y fût
apportée par des courants d'eaux chaudes, soit que les feux interieurs se
fissent sentir à sa surface à travers la croûte poreuse. Ainsi s'explique la
formation de gisements carbonifères sous toutes les latitudes terestres.
[2]Voici, en tenant compte de la progression de la consmation de la
houille, ce que le derniers calculs assignent, en Europe, à l'épuisement
des combustibles minéraux:
France dans 1140 ans.
Angleterre -- 800 --
Belgique -- 750 --
Allemagne -- 300 --
En Amérique, à raison de 500 millions de tonnes annuellement, le gites
pourraient produire du charbon pendant 6000.
IV
La fosse Dochart
Harry Ford était un grand garçon de vingt-cinq ans, vigoureux, bien
découplé. Sa physionomie un peu sérieuse, son attitude habituellement
pensive, l'avaient, dès son enfance, fait remarquer entre ses camarades
de la mine. Ses traits réguliers, ses yeux profonds et doux, ses cheveux
assez rudes, plutôt châtains que blonds, le charme naturel de sa
personne, tout concordait à en faire le type accompli du Lowlander,
c'est-à-dire un superbe spécimen de l'Écossais de la plaine. Endurci
presque dès son bas âge au travail de la houillère, c'était, en même
temps qu'un solide compagnon, une brave et bonne nature. Guidé par
son père, poussé par ses propres instincts, il avait travaillé, il s'était
instruit de bonne heure, et, à un âge où l'on n'est guère qu'un apprenti, il
était arrivé à se faire quelqu'un -- l'un des premiers de sa condition --,
dans un pays qui compte peu d'ignorants, car il fait tout pour supprimer
l'ignorance. Si, pendant les premières années de son adolescence, le pic
ne quitta pas la main d'Harry Ford, néanmoins le jeune mineur ne tarda
pas à acquérir les connaissances suffisantes pour s'élever dans la
hiérarchie de la houillère, et il aurait certainement succédé à son père
en qualité d'overman de la fosse Dochart, si la mine n'eût pas été
abandonnée.
James Starr était un bon marcheur encore, et, cependant, il n'aurait pas
suivi facilement son guide, si celui-ci n'eût modéré son pas.
La pluie tombait alors avec moins de violence. Les larges gouttes se
pulvérisaient avant d'atteindre le sol. C'étaient plutôt des rafales
humides, qui couraient dans l'air, soulevées par une fraîche brise.
Harry Ford et James Starr -- le jeune homme portant le léger bagage de
l'ingénieur -- suivirent la rive gauche du fleuve pendant un mille
environ. Après avoir longé sa plage sinueuse, ils prirent une route qui
s'enfonçait dans les terres sous les grands arbres ruisselants. De vastes
pâturages se développaient d'un côté et de l'autre, autour de fermes

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