Le lys noir | Page 5

Jules de Gastyne
je n'avais trouv�� d'autre parole que cette exclamation: ?Oh! madame!? qui n'��tait pas, comme tu le vois, bien compromettante.
Mareuil se mit �� sourire.
--Comme vous ��tes dr?les, vous, les amoureux! Vous pensez des choses!
Et l'air un peu sup��rieur, comme pris de piti�� pour l'enthousiasme de son ami, qu'il consid��rait sans doute comme une faiblesse, il lan?a vers le ciel plusieurs bouff��es de fum��e.
--Madame de Fr��milly, reprit Jacques de Br��court, trouva sans doute l'expression de ma physionomie plus expressive que toutes les paroles que j'aurais pu dire pour tacher de d��peindre mon bonheur. Elle en parut satisfaite, car cela lui d��montrait que l'amour que j'avais pour Laurence ��tait profond, sinc��re.
Elle poursuivit:
--Non, vous ne lui ��tes pas indiff��rent.
Mais elle s'empressa d'ajouter, comme pour corriger sa phrase, qu'elle trouvait encore sans doute trop expressive:
--Elle ne me l'a pas dit.... Mais j'ai cru m'en apercevoir, et c'est d'apr��s mes observations que je parle.
--Oh! madame! m'��criai-je, puissiez-vous ne pas vous ��tre tromp��e!
Elle sourit de mon exaltation.
Et elle ajouta finement:
--Franchement, je ne le crois pas.
C'��tait un aveu.
J'��tais aim��! Laurence m'aimait! Et elle l'avait dit! Juge de mon bonheur, de mes transports. J'��tais fou!
--Je m'en aper?ois, fit Mareuil, tu l'es encore.
--H��las! c'est de douleur maintenant, fit le pauvre Jacques.
Et des larmes mont��rent �� ses yeux.
Il les refoula pour dire:
--Mais je continue.... Nous arriverons assez vite �� la catastrophe, �� la catastrophe inattendue, inou?e, qui a chang�� en deuil toutes mes joies, qui brise mon bonheur, mon avenir, ma vie!... Mais ce soir-l��, je ne pr��voyais pas un tel d��nouement.. J'��tais tout �� mes esp��rances, �� mes transports insens��s.... J'attendais avec anxi��t�� que madame de Fr��milly s'expliquat ... me dit o�� elle en voulait venir, ce qu'elle avait r��solu.
Elle ne me fit pas attendre longtemps.
--Vous savez, me dit-elle, combien j'aime ma petite-fille?
--Qui ne l'aimerait pas? m'��criai-je.
--Depuis qu'elle vit, poursuivit-elle, je n'ai pas eu d'autre pens��e que son bonheur. Il ne m'��tait rest�� sur terre que cette affection, toutes les autres m'ayant ��t�� enlev��es successivement par la mort impitoyable.... Je n'ai plus v��cu que pour Laurence, qui repr��sentait tout pour moi ici-bas.
--Je le sais, madame, dis-je, et je vous ai envi��e bien des fois de pouvoir ainsi lui consacrer toutes les heures de votre vie.
--C'est vous dire, fit-elle, avec quelle appr��hension je remettrai �� d'autres mains le soin d'une f��licit�� si pr��cieuse.
--Oh! madame, m'��criai-je, personne ne la cultivera comme moi, cette f��licit��, que je serais si heureux de voir s'��panouir et grandir au soleil de mon amour!
--Je vous crois, me dit-elle.... Je crois que vous ��tes sinc��re ... que vous aimez vraiment Laurence, et comme elle doit ��tre aim��e. Mais les hommes sont faibles.... L'amour peut endormir pour un temps leurs passions, qui reprennent ensuite, plus imp��rieuses et plus violentes.
--Je n'en ai plus d'autres au coeur, affirmai-je, que l'amour de Laurence.
--Pour le moment.
--Pour toujours!
--J'ai pris sur vous des renseignements....
Comme j'avais eu un geste involontaire, elle ajouta aussit?t:
--Non pas sur votre fortune.... La question d'argent ne me pr��occupe gu��re.... Vous seriez pauvre, que je vous donnerais Laurence, si j'��tais persuad��e qu'elle trouverait pr��s de vous le bonheur.... Mais sur votre pass��....
--Oh! madame, fis-je, j'ai fait bien des folies....
--De grandes folies, dit-elle.
--Je ne connaissais pas Laurence.... J'y ai renonc��.
--Je le sais, me d��clara-t-elle.... Depuis quelque temps votre conduite est assez exemplaire.... Sans cela, je ne vous aurais pas ouvert la porte de ma maison.
--Sans savoir, dis-je, si je plairais �� mademoiselle de Fr��milly, si je serais agr���� par elle, j'avais rompu avec toutes mes connaissances, toutes mes amiti��s, trouvant dans l'amour qui me poss��dait d��j�� assez de force pour r��sister �� toutes les tentations, assez de joies pour remplacer toutes les autres.... Mais, depuis que j'ai ��t�� admis aupr��s d'elle, depuis que dans mon coeur s'est gliss�� l'espoir de lui plaire un jour, je me serais regard�� comme le dernier des mis��rables, si je n'avais renonc�� �� tout ce qui avait ��t�� jusqu'ici un plaisir pour moi. Je n'avais plus qu'un plaisir: la voir.... Et il n'y avait plus pour moi qu'une lumi��re: celle qui tombait de ses yeux.
Madame de Fr��milly approuva encore mes paroles et dit:
--Je vous crois.... Je crois �� votre repentir.... Vous pouvez vous consid��rer, �� partir de ce soir, comme le promis, le fianc�� de Laurence.
--Ah! s'��cria Jacques, quand j'entendis cette parole ... te dire ce que je ressentis ... c'est impossible.... J'��tais comme foudroy�� ... foudroy�� de bonheur....
Le promis, le fianc��, moi ... et de Laurence!...
Je tombai �� genoux.
Je saisis le bas de la robe de madame de Fr��milly et je l'embrassai avec des transports insens��s.
Mareuil se leva.
C'��tait trop pour lui.
Il jeta dans le feu son cigare qui venait de s'��teindre.
Et il dit:
--Toi, Br��court?
--Moi, Br��court.
--Franchement, je ne l'aurais jamais cru.
--Et pourquoi?
--Parce que je te croyais incapable....
--D'aimer?
--De pousser la folie....
--O�� ne l'aurais-je pas pouss��e?... Le promis de Laurence! Son mari bient?t.... As-tu song�� aux d��lices que cela me
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