particulier et personne en g��n��ral. N'importe, ?a doit ��tre quelque r?deur, quelque ouvrier sans travail. Depuis que nous sommes en R��publique, on ne rencontre que ?a sur les routes.?
Tous deux ��taient bonapartistes.
Le maire reprit: ?Oui, ?a ne peut ��tre qu'un ��tranger, un passant, un vagabond sans feu ni lieu...?
Le m��decin ajouta avec une apparence de sourire: ?Et sans femme. N'ayant ni bon souper ni bon g?te, il s'est procur�� le reste. On ne sait pas ce qu'il y a d'hommes sur la terre capables d'un forfait �� un moment donn��. Saviez-vous que cette petite avait disparu??
Et du bout de sa canne, il touchait l'un apr��s l'autre les doigts roidis de la morte, appuyant dessus comme sur les touches d'un piano.
--Oui. La m��re est venue me chercher hier, vers neuf heures du soir, l'enfant n'��tant pas rentr��e �� sept heures pour souper. Nous l'avons appel��e jusqu'�� minuit sur les routes; mais nous n'avons point pens�� �� la futaie. Il fallait le jour, du reste, pour op��rer des recherches vraiment utiles.
--Voulez-vous un cigare? dit le m��decin.
--Merci, je n'ai pas envie de fumer. ?a me fait quelque chose de voir ?a.
Ils restaient debout tous les deux en face de ce fr��le corps d'adolescente, si pale, sur la mousse sombre. Une grosse mouche �� ventre bleu qui se promenait le long d'une cuisse, s'arr��ta sur les taches de sang, repartit, remontant toujours, parcourant le flanc de sa marche vive et saccad��e, grimpa sur un sein, puis redescendit pour explorer l'autre, cherchant quelque chose �� boire sur cette morte. Les deux hommes regardaient ce point noir errant.
Le m��decin dit: ?Comme c'est joli, une mouche sur la peau. Les dames du dernier si��cle avaient bien raison de s'en coller sur la figure. Pourquoi a-t-on perdu cet usage-l��??
Le maire semblait ne point l'entendre, perdu dans ses r��flexions.
Mais, tout d'un coup, il se retourna, car un bruit l'avait surpris; une femme en bonnet et en tablier bleu accourait sous les arbres. C'��tait la m��re, la Roque. D��s qu'elle aper?ut Renardet, elle se mit �� hurler: ?Ma p'tite, ous qu'est ma p'tite?? tellement affol��e qu'elle ne regardait point par terre. Elle la vit tout �� coup, s'arr��ta net, joignit les mains et leva ses deux bras en poussant une clameur aigu? et d��chirante, une clameur de b��te mutil��e.
Puis elle s'��lan?a vers le corps, tomba �� genoux, et enleva, comme si elle l'e?t arrach��, le mouchoir qui couvrait la face. Quand elle vit cette figure affreuse, noire et convuls��e, elle se redressa d'une secousse, puis s'abattit le visage contre terre, en jetant dans l'��paisseur de la mousse des cris affreux et continus.
Son grand corps maigre sur qui ses v��tements collaient, secou�� de convulsions, palpitait. On voyait ses chevilles osseuses et ses mollets secs envelopp��s de gros bas bleus frissonner horriblement; et elle creusait le sol de ses doigts crochus comme pour y faire un trou et s'y cacher.
Le m��decin, ��mu, murmura: ?Pauvre vieille!? Renardet eut dans le ventre un bruit singulier; puis il poussa une sorte d'��ternuement bruyant qui lui sortait en m��me temps par le nez et par la bouche; et, tirant son mouchoir de sa poche, il se mit �� pleurer dedans, toussant, sanglotant et se mouchant avec bruit. Il balbutiait: ?Cr��... cr��... cr��... cr�� nom de Dieu de cochon qui a fait ?a.... Je... je... voudrais le voir guillotiner...?
Mais Principe reparut, l'air d��sol�� et les mains vides. Il murmura: ?Je ne trouve rien, m'sieu le maire, rien de rien nulle part.?
L'autre, effar��, r��pondit d'une voix grasse, noy��e dans les larmes: ?Qu'est-ce que tu ne trouves pas?
--Les hardes de la petite.
--Eh bien... eh bien... cherche encore... et... et... trouve-les... ou... tu auras affaire �� moi.
L'homme, sachant qu'on ne r��sistait pas au maire, repartit d'un pas d��courag�� en jetant sur le cadavre un coup d'oeil oblique et craintif.
Des voix lointaines s'��levaient sous les arbres, une rumeur confuse, le bruit d'une foule qui approchait; car M��d��ric, dans sa tourn��e, avait sem�� la nouvelle de porte en porte. Les gens du pays, stup��faits d'abord, avaient caus�� de ?a dans la rue, d'un seuil �� l'autre; puis ils s'��taient r��unis; ils avaient jas��, discut��, comment�� l'��v��nement pendant quelques minutes; et maintenant ils s'en venaient pour voir.
Ils arrivaient par groupes, un peu h��sitants et inquiets, par crainte de la premi��re ��motion. Quand ils aper?urent le corps, ils s'arr��t��rent, n'osant plus avancer et parlant bas. Puis ils s'enhardirent, firent quelques pas, s'arr��t��rent encore, avanc��rent de nouveau, et ils form��rent bient?t autour de la morte, de sa m��re, du m��decin et de Renardet, un cercle ��pais, agit�� et bruyant qui se resserrait sous les pouss��es subites des derniers venus. Bient?t ils touch��rent le cadavre. Quelques-uns m��me se baiss��rent pour le palper. Le m��decin les ��carta. Mais le maire, sortant brusquement de sa torpeur, devint furieux, et, saisissant la canne du docteur Labarbe, il se jeta

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