européennes ayant reconnu à l'Autriche et à la Russie des ?intérêts supérieurs? dans la péninsule balkanique et leur laissant le soin de poursuivre en Turquie le rétablissement de l'ordre et l'application des réformes, sous condition de maintenir le statu quo.
Il est probable, toutefois, que la Russie encourage secrètement une alliance entre les trois états slaves de la Péninsule (Bulgarie, Serbie et Monténégro), et que l'Autriche s'efforcera d'opérer un nouveau rapprochement entre la Roumanie et la Grèce. Au surplus, il ne doit faire de doute pour personne que si ces deux empires arrivaient un jour à se partager la péninsule balkanique, ce ne serait jamais d'une fa?on pacifique et durable[2].
[Note 2: L'entente austro-russe laisse entrevoir comme un vague dessein de partager en sphères territoriales d'influence la péninsule balkanique, la Russie se réservant la partie orientale et abandonnant la partie occidentale à l'Autriche-Hongrie.]
Le gouvernement austro-hongrois profitera évidemment des embarras de la Russie pour accentuer son propre r?le; il en faut voir une première preuve dans les crédits considérables qu'il vient de demander aux Délégations pour l'armée et la marine.
Après Sadowa, comme compensation de la défaite qu'il lui avait infligée, Bismarck poussa l'Autriche vers l'Orient et l'opposa à la politique d'expansion panslavisme en lui ouvrant des perspectives sur l'Adriatique.
Seule parmi les grands états européens, l'Autriche-Hongrie n'a pas de colonies; aussi convoite-t-elle la péninsule balkanique, comme son véritable terrain d'expansion[3]. Grace à de gros sacrifices, cette puissance s'est fortement établie en Bosnie et en Herzégovine, où l'administration de feu Kallay a tendu à préparer son oeuvre de pénétration vers le Sud. Elle cherche, sous l'impulsion du Drang nach dem Mittelmeer, à étendre son influence vers l'Archipel et considère la possession de certaines provinces comme une question pour ainsi dire vitale. Elle espère utiliser la ligne qui reliera bient?t Vienne à Salonique, pour affirmer sa domination, économique d'abord, politique ensuite, sur l'Albanie et la Macédoine. Les progrès, surtout en Albanie, de ses émissaires, de ses consuls, secondés par ses prêtres catholiques, troublent singulièrement les combinaisons des petits états des Balkans, qui comprennent bien qu'il leur faudra se défendre contre une rivale redoutable.
[Note 3: La Wiener allgemeine Zeitung disait, il y a quelques années, à propos des affaires d'Extrême-Orient: ?L'Autriche, ayant rendu sa part de services à la civilisation par l'occupation de la Bosnie-Herzégovine, peut se dispenser de concourir au règlement de la question chinoise.?]
L'Autriche, craignant en effet qu'une alliance des trois peuples slaves-balkaniques ne lui ferme la route du Sud, s'est fait reconna?tre au Congrès de Berlin le droit d'occuper l'ancien sandjak de Novi-Bazar, entre la Serbie et le Monténégro; elle s'y comporte comme chez elle, y construit des fortifications et des chemins stratégiques, et, par la ligne ferrée qui fonctionnera dans un délai assez rapproché entre Sérajévo et Mitrovitza, elle séparera le Monténégro de la Serbie et barrera à celle-ci la route de l'Adriatique.
Ce tron?on, qui se raccordera, à Mitrovitza, en Macédoine, avec la ligne déjà existante Mitrovitza-Salonique[4], aura ce grand avantage pour la monarchie dualiste de déboucher directement de Bosnie sur le territoire ottoman et de prendre à revers l'Albanie[5].
[Note 4: Cette dernière ligne relève de la haute direction financière de la Deutsche Bank de Berlin.]
[Note 5: Le tracé, long de 250 kilomètres, suit, en partant de Sérajévo, la vallée du Lim, passe à Gorasde, puis à Plevje et Prielopje dans l'ancien sandjak de Novibazar, pour aboutir à Mitrovitza en territoire turc.]
Toutefois l'Italie, très attentive aux progrès de son alliée dans la Péninsule, ne pourra permettre, sous peine de se voir enlever la prééminence sur l'Adriatique, que l'Autriche-Hongrie établisse sa suprématie en Albanie. Le gouvernement de Rome est décidé à y défendre sa sphère d'intérêts. Les Italiens ne peuvent oublier que la mer Adriatique s'appelait, aux quinzième et seizième siècles, il golfo di Venezia ou même ?il Golfo? tout court, et qu'au Congrès de Berlin il avait été déjà question de leur laisser occuper l'Albanie, comme compensation du magnifique territoire livré à l'Autriche en Bosnie-Herzégovine.
La ligne qui fonctionnera directement entre Vienne et Salonique inquiète surtout l'Italie, qui craint de voir détourner le trafic de la malle des Indes de Brindisi, où elle passe depuis 1871. La nouvelle voie (Ostende, l'Allemagne, l'Autriche et la Bosnie) raccourcirait en effet d'une quinzaine d'heures le trajet entre Londres et Port-Sa?d. Cette concurrence éventuelle, inquiétante pour les intérêts fran?ais et italiens, appelle donc comme réponse la ligne de l'Adriatique au Danube, qui intéresserait également la Russie et les peuples balkaniques.
Cette dernière ligne partirait de Cladova en Serbie, sur le Danube (au-dessous des Portes de Fer), passerait par Nisch (Serbie), Prischtina, Ipek (Turquie), Podgoritza (Monténégro), pour aboutir à Scutari d'Albanie; de là, une voie d'intérêt monténégrin rejoindrait Antivari (Monténégro) et un second embranchement aboutirait sur le territoire ottoman à Médua. La longueur totale de cette ligne ne dépasserait guère 500 kilomètres; elle permettrait à l'Italie d'entrer en communication directe

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