console m'affligera
peut-être, peu importe; ce qu'il y a de beau dans votre vision consolante
entrera dans mon affliction, et ce qu'il y a de grand dans votre tristesse
passera dans ma joie, si ma joie est digne de votre tristesse. Ce qu'il
faut, avant tout, c'est préparer à la surface de notre âme une certaine
hauteur pour y recevoir cette idée, comme les prêtres d'anciennes
religions dénudaient et débarrassaient de ses épines et de ses ronces le
sommet d'une montagne pour y recevoir le feu du ciel. Il n'est pas
impossible que, demain, on nous envoie du fond de la planète Mars,
dans la vérité définitive sur la constitution et sur le but de l'univers, la
formule infaillible du bonheur. Elle ne changera, n'améliorera quelque
chose, en notre vie morale, qu'autant que nous vivions depuis
longtemps dans l'attente et le désir de l'amélioration. Chacun de nous
profitera et jouira des bienfaits de cette formule, cependant invariable,
en proportion de l'espace désintéressé, purifié, attentif et déjà éclairé
que cette formule trouvera dans son âme. Toute la morale, toute la
science de la justice et du bonheur, ne devrait être qu'une attente, une
préparation aussi vaste, aussi expérimentée, aussi accueillante que
possible. Certes, il est désirable entre tous, le jour où nous vivrons
enfin dans la certitude, dans la vérité scientifique, totale, inébranlable;
mais en attendant, il nous est donné de vivre dans une vérité plus
importante encore, la vérité de notre âme et de notre caractère; et
quelques sages nous ont prouvé que cette vie était possible au sein
même des plus grandes erreurs matérielles.
III
Est-il vain de parler de morale, de justice, de bonheur et de tout ce qui
s'y rapporte, avant l'heure définitive de la science qui peut tout
bouleverser? Peut-être sommes nous dans des ténèbres provisoires, et
bien des choses ne se font pas de la même façon dans les ténèbres qu'à
la clarté du jour.
Néanmoins, les événements essentiels de notre vie physique et de notre
vie morale ont lieu dans l'ombre, aussi nécessairement, aussi
complètement qu'à la lumière. Il nous faut vivre, en attendant le mot de
l'énigme, et c'est en vivant le plus heureusement, le plus noblement que
l'on peut, qu'on vivra le plus puissamment et qu'on aura le plus de
courage, le plus d'indépendance, le plus de clairvoyance, pour le désir
et la recherche de la vérité. Et puis, quoi qu'il arrive, le temps consacré
à l'étude de nous-même ne sera pas perdu. Quelle que soit la manière
dont nous ayons un jour à envisager ce monde dont nous faisons partie,
il y aura toujours bien plus de sentiments, de passions, de secrets
inaltérés, inaltérables en l'âme humaine, qu'il n'y aura d'étoiles reliées à
la terre, ou de mystères éclaircis par la science. Au sein de la vérité la
plus irrécusable et la plus pénétrante, l'homme s'élèvera sans doute,
mais il s'élèvera selon la direction invariable de l'âme humaine; et l'on
peut affirmer que plus l'universelle certitude sera forte et consolante,
plus les problèmes de la justice, de la morale, du bonheur et de l'amour
prendront, aux yeux de tous, l'aspect dominateur et passionnant, sous
lequel ils se sont toujours présentés aux regards du penseur.
Il importe de vivre comme si l'on se trouvait toujours à la veille de la
grande découverte et de se préparer à l'accueillir, le plus totalement, le
plus intimement, le plus ardemment qu'on pourra. Et la meilleure
manière de l'accueillir un jour, sous quelque forme qu'elle se doive
révéler, c'est de l'espérer dès aujourd'hui, aussi haute, aussi vaste, aussi
parfaite, aussi ennoblissante, qu'il nous est donné de nous l'imaginer.
Nous ne saurions lui prêter trop d'ampleur, trop de beauté, ni trop de
majesté. Il est certain qu'elle sera meilleure que nos meilleurs espoirs,
car si elle en diffère, si elle va jusqu'à les contredire, par le fait même
qu'elle nous apportera la vérité, elle nous apportera quelque chose de
plus grand, de plus haut, de plus conforme à la nature humaine que ce
que nous avions attendu. Pour l'homme, dût-il y perdre tout ce qu'il
admirait, l'admirable par excellence ce sera la vérité intime de l'univers.
En supposant qu'au jour où elle sera manifestée, les plus humbles
cendres de nos espérances soient dispersées, il nous restera en tout cas
notre préparation à l'admirable, et l'admirable entrera dans notre âme à
flots plus ou moins abondants, selon la largeur, selon la profondeur du
lit que notre attente aura creusé.
IV
Est-il nécessaire de se croire meilleur que l'univers? Nous aurons beau
raisonner, toute notre raison ne sera jamais qu'un bien faible rayon de la
nature, une infime partie de ce tout qu'elle s'arroge le droit de juger, et
faut-il qu'un rayon, pour qu'il fasse son devoir, souhaite de modifier la
lampe dont il émane?
Le sommet de notre être,

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