Horace | Page 3

George Sand
francs, disait-il, nous pouvons vivre et ��lever notre fille sous nos yeux, modestement; avec le surplus de nos rentes, c'est-��-dire avec mes appointements, nous pouvons entretenir Horace �� Taris, sur un bon pied, pendant plusieurs ann��es.?
Quinze cents francs pour ��tre �� Paris sur un bon pied, �� dix-neuf ans, et quand on est Horace Dumontet!... Madame Dumontet ne reculait devant aucun sacrifice; la digne femme e?t v��cu de pain noir et march�� sans souliers pour ��tre utile �� son fils et agr��able �� son mari; mais elle s'affligeait de d��penser tout d'un coup les ��conomies qu'elle avait faites depuis son mariage, et qui s'��levaient �� une dizaine de mille francs. Pour qui ne conna?t pas la petite vie de province, et l'incroyable habilet�� des m��res de famille �� rogner et grappiller sur tontes choses, la possibilit�� d'��conomiser plusieurs centaines d'��cus par an sur trois mille francs de rente, sans faire mourir de faim mari, enfants, servantes et chats, para?tra fabuleuse. Mais ceux qui m��nent cette vie ou qui la voient de pr��s savent bien que rien n'est plus fr��quent. La femme sans talent, sans fonctions et sans fortune, n'a d'autre fa?on d'exister et d'aider l'existence des siens, qu'en exer?ant l'��trange industrie de se voler elle-m��me en retranchant chaque jour, �� la consommation de sa famille, un peu du n��cessaire: cela fait une triste vie, sans charit��, sans gaiet��, sans vari��t�� et sans hospitalit��. Mais qu'importe aux riches, qui trouvent la fortune publique tr��s-��quitablement r��partie! ?Si ces gens-l�� veulent ��lever leurs enfants comme les n?tres, disent-ils en parlant des petits bourgeois, qu'ils se privent! et s'ils ne veulent pas se priver, qu'ils en fassent des artisans et des manoeuvres!? Les riches ont bien raison de parler ainsi au point de vue du droit social; au point de vue du droit humain, que Dieu soit juge!
?Et pourquoi, r��pondent les pauvres gens du fond de leurs tristes demeures, pourquoi nos enfants ne marcheraient-ils pas de pair avec ceux du gros industriel et du noble seigneur? L'��ducation nivelle les hommes, et Dieu nous commande de travailler �� ce nivellement.?
Vous aussi, vous avez bien raison, ��ternellement raison, braves parents, au point de vue g��n��ral; et malgr�� les rudes et fr��quentes d��faites de vos esp��rances, il est certain que longtemps encore nous marcherons vers l'��galit�� par cette voie de votre ambition l��gitime et de votre vanit�� na?ve. Mais quand ce nivellement des droits et des esp��rances sera accompli, quand tout homme trouvera dans la soci��t�� le milieu o�� son existence sera non-seulement possible, mais utile et f��conde, il faut bien esp��rer que chacun consultera ses forces et se jugera, dans le calme de la libert��, avec plus de raison et de modestie qu'on ne le fait, �� cette heure, dans la fi��vre de l'inqui��tude et dans l'agitation de la lutte. Il viendra un temps, je le crois fermement, o�� tous les jeunes gens ne seront pas r��solus �� devenir chacun le premier homme de son si��cle ou �� se br?ler la cervelle. Dans ce temps-l��, chacun ayant des droits politiques, et l'exercice de ces droits ��tant consid��r�� comme une des faces de la vie de tout citoyen, il est vraisemblable que la carri��re politique ne sera plus encombr��e de ces ambitions palpitantes qui s'y pr��cipitent aujourd'hui avec tant d'apret��, d��daigneuses de toute autre fonction que celle de primer et de gouverner les hommes.
Tant il y a que madame Dumontet, qui comptait sur ses dix mille francs d'��conomie pour doter sa fille, consentit �� les entamer pour l'entretien de son fils �� Paris, se r��servant d'��conomiser d��sormais pour marier Camille, la jeune soeur d'Horace.
Voil�� donc Horace sur le beau pav�� de Paris, avec son titre de bachelier et d'��tudiant en droit, ses dix-neuf ans et ses quinze cents livres de pension. Il y avait d��j�� un an qu'il y faisait ou qu'il ��tait cens�� y faire ses ��tudes lorsque je fis connaissance avec lui dans un petit caf�� pr��s le Luxembourg, o�� nous allions prendre le chocolat et lire les journaux tous les matins. Ses mani��res obligeantes, son air ouvert, son regard vif et doux, me gagn��rent �� la premi��re vue. Entre jeunes gens on est bient?t li��, il suffit d'��tre assis plusieurs jours de suite �� la m��me table et d'avoir �� ��changer quelques mots de politesse, pour qu'au premier matin de soleil et d'expansion la conversation s'engage et se prolonge du caf�� au fond des all��es du Luxembourg. C'est ce qui nous arriva en effet par une matin��e de printemps. Les lilas ��taient en fleur, le soleil brillait joyeusement sur le comptoir d'acajou �� bronzes dor��s de madame Poisson, la belle directrice du caf��. Nous nous trouvames, je ne sais comment, Horace et moi, sur les bords du grand bassin, bras dessus, bras dessous, causant comme de vieux amis, et ne sachant point encore le
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